J'ai bouclé le tronc commun de 42 en 5 mois. La moyenne, c'est 2 ans.
700€ par mois, ma copine à 1000€, et un mode solo sous-marin que j'ai poussé jusqu'à griller le seul mec qui suivait mon rythme.
J’ai été pris à 42. J’ai quitté mon alternance dans la foulée.
Pour vivre, j’avais 700€ par mois de chômage, obtenus grâce au statut de 42. Ma copine en gagnait environ 1000. À deux, on tournait à 1700€ par mois dans le sud de la France. Loyer, courses, factures, le reste. Ce n’était pas pauvre, c’était tendu en permanence.
Sur cette base-là, je suis entré dans une école sans prof, sans note, sans diplôme à la sortie. Et je me suis donné cinq mois pour finir le tronc commun.
Comment fonctionne 42
Tu démarres au niveau 0. Chaque projet que tu rends te donne des XP. Pour sortir du tronc commun, il faut atteindre environ le niveau 10 ou 11. Une fois que tu y es, tu peux te spécialiser, ou partir en alternance, ou partir chez un patron.
Tout le monde fait les mêmes projets. Les mêmes exercices. La progression est stricte, mais le rythme est libre. C’est ça qui rend l’école unique. Tu peux mettre un an, deux ans, trois ans. Tu peux mettre cinq mois.
Pas de prof. Pas d’explication. On te donne un intitulé, on te dit ce que ton programme doit faire, et tu te démerdes. Les évaluations sont en peer-to-peer : ce sont d’autres élèves qui examinent ton code, avec une grille qui ressemble à un cahier des charges client.
Ce système me convenait. Il n’y avait personne entre moi et le travail. Pas d’enseignant à convaincre, pas de note subjective, pas de favoritisme. Tu rends ou tu ne rends pas. Tu valides ou tu ne valides pas.
Pourquoi je n’avais pas le temps
La moyenne pour finir le tronc commun, c’est entre un an et demi et deux ans. Quand j’arrive et que je vois des gens qui sont là depuis 2 ou 3 ans, je comprends tout de suite que je n’ai pas le luxe de prendre ce rythme.
À 700€ par mois, plus mes 1000€ de copine, je ne peux pas tenir 2 ans. Le calcul est simple. Si je veux que cette école devienne une vraie sortie financière, il faut que je sorte vite et que je trouve une alternance ou un poste qui paye correctement.
Donc je me mets une pression que personne ne me demande. J’arrive le matin, je code 10 à 12 heures, je rentre, je dors, je recommence. Les week-ends aussi. Je ne traîne pas, je ne discute pas, je ne fais pas de pause longues.
Mode solo sous-marin. Pendant cinq mois.
On continue ?
Le mec que j’ai grillé
Sur ma promo, il y avait un autre gars qui avançait au même rythme que moi. On était deux à bouffer les projets plus vite que les autres. On s’était trouvés naturellement parce qu’on était les seuls à pouvoir s’évaluer entre nous sans ralentir.
Je crois que je lui ai mis trop la pression.
Pas volontairement. Juste parce que j’étais en mode “il faut sortir vite”, et que cette intensité est compliquée à supporter dans la durée si tu n’as pas la même urgence que moi. Lui n’avait pas mes 700€ par mois à gérer. Il avait du temps. Moi non.
Il a lâché en cours de route. Ralenti. Repris un rythme plus humain. Et je me suis retrouvé seul.
Trop en avance pour mes potes de promo. Trop neuf pour les anciens. J’ai fini par faire équipe avec des gars qui étaient là depuis un an et demi et qui en étaient au même niveau que moi. Pour eux, j’étais une anomalie. Pour moi, c’était la seule façon d’avancer.
Cinq mois
J’ai bouclé le tronc commun en cinq mois. À l’époque, c’était exceptionnel. Je ne sais pas comment ça se passe aujourd’hui.
Ce n’est pas une fierté de geek qui se compare. C’est simplement que sans cette vitesse, je n’aurais pas tenu financièrement. La pression que je me mettais, ce n’était pas du dépassement de soi. C’était de la survie.
À la sortie, j’ai trouvé une alternance en développement embarqué. Payée 600€ par mois. On change de problème mais on ne change pas de niveau de revenus. C’était toujours très dur financièrement, et la tension à la maison était énorme.
Je me dis souvent que cette période-là, je ne pourrais pas la refaire aujourd’hui. Pas parce que je n’aurais plus la capacité de travail. Parce que je ne pourrais plus vivre à ce niveau de stress permanent.
Pour finir
On parle souvent de “performance” comme d’un trait de caractère. Quelqu’un qui boucle 42 en cinq mois est forcément exceptionnel. Quelqu’un qui le fait en deux ans est moyen.
C’est faux. Ce qui m’a permis de tenir le rythme en cinq mois, ce n’est pas un don. C’est une situation financière qui ne me laissait pas d’autre option. La performance, c’était la sortie. La lenteur, c’était la dette.
Si tu te demandes pourquoi certaines personnes vont dix fois plus vite que d’autres dans une même formation, regarde rarement leurs capacités intrinsèques. Regarde leur situation. La majorité du temps, ce que tu prends pour de la performance pure, c’est une contrainte qui ne laisse aucune autre issue.
C’est plus rassurant à entendre que “ils sont juste meilleurs”. Et c’est aussi plus exact.


