J'ai lancé mon premier SaaS sans appeler un seul client. Quatre mois de code, des milliers d'euros de perdus.
Toutes les conneries que j'ai faites sur FeelUp, et pourquoi c'est ce flop qui m'a vraiment formé à l'entrepreneuriat.
J’avais deux ans de freelance derrière moi, 50 000€ mis de côté, et un client qui voulait renouveler mon contrat.
J’ai dit non.
Pas parce que la freelance était mauvaise. Parce que je trouvais dommage de continuer à me battre pour les projets des autres alors que j’avais accumulé assez de compétences pour me battre pour les miens. L’entrepreneuriat me bottait depuis longtemps. Pendant la freelance, j’avais lancé plein de side projects, aucun n’était jamais sorti en prod. Cette fois je voulais aller au bout.
J’ai lancé FeelUp, un SaaS de gestion pour salles de sport.
J’ai fait toutes les conneries que tu peux imaginer.
La connerie numéro 1 : ne pas avoir parlé à un seul client
Je n’ai pas testé mon marché. Pas un seul appel à un gérant de salle de sport avant de commencer à coder. Pas un échange pour valider que le problème existait, que la solution les intéressait, qu’ils étaient prêts à payer.
Je suis parti de mon intuition. J’avais vu que le secteur était mal équipé en logiciels, j’avais lu deux ou trois articles, j’avais regardé quelques concurrents. C’était suffisant pour moi.
Avec le recul, ce n’était pas du tout suffisant. Une intuition de marché sans validation, c’est une croyance. Et tu ne construis pas un produit sur une croyance. Tu construis sur des conversations.
La connerie numéro 2 : ne pas avoir étudié la concurrence ni les tarifs
Je ne me suis pas renseigné sur les prix pratiqués par les concurrents. Je ne savais pas si le marché était saturé ou non. Je ne savais pas si les salles de sport avaient les moyens de payer pour ce type d’outil.
Spoiler : la majorité ne les a pas. Le secteur des salles de sport indépendantes est précaire financièrement. Elles commencent à avoir un budget logiciel quand il faut une caisse électronique certifiée pour des raisons légales, mais cette certification coûte trop cher pour un solo founder qui débute. Donc je ne pouvais pas adresser ce besoin-là.
Mon ICP s’est retrouvé être les salles indépendantes assez grosses pour avoir besoin d’un logiciel mais pas assez grosses pour avoir une caisse certifiée. Une niche dans la niche, que je ne savais pas comment toucher.
Si j’avais fait ce travail avant de coder, j’aurais ajusté le projet. Ou je l’aurais abandonné.
On continue ?
La connerie numéro 3 : avoir codé tête baissée pendant 4 mois
Quatre mois de dev solo avant la première mise en prod. Pendant ces quatre mois, aucune validation externe. Aucun retour utilisateur. Juste moi, mon code, mon Mac.
C’est le piège classique du dev qui devient founder. Tu te réfugies dans la zone où tu es bon (le code) au lieu de faire la chose qui te fait peur (parler à des prospects). Tu te dis “je code d’abord, je vendrai ensuite, ça sera plus simple quand le produit sera prêt”.
C’est faux. Vendre quelque chose qui existe n’est pas plus simple que vendre quelque chose qui n’existe pas. C’est juste plus engageant pour toi, parce que tu as déjà payé le coût.
La connerie numéro 4 : avoir dépensé 10 000€ en prestataires
J’ai dépensé plus de 10 000€ en prestataires divers. Design, marketing, conseils, certains pour des choses utiles, beaucoup pour des choses qui ne m’ont apporté aucune plus-value.
Quand tu as 50 000€ à la banque et que tu lances ton premier projet, tu surestimes massivement la valeur de payer des prestataires. Tu te dis “je vais aller plus vite”, “je vais professionnaliser le truc”, “je vais éviter de me planter”.
La réalité, c’est que la majorité des prestataires que tu prends à ce stade ne te font pas avancer. Ils te donnent l’illusion d’avancer. La différence se voit après coup, quand tu fais le bilan.
Ce que ça a donné
Quatre mois de code. Lancement. Quelques clients. Mais une vente très lourde, un cycle long, un ICP mal défini.
Je me suis rendu compte au bout d’un an que je ne pouvais pas vivre de FeelUp. J’ai dû reprendre la freelance pour assurer mes revenus en parallèle. Aujourd’hui, FeelUp tourne en automatique, environ 1 ou 2 heures de maintenance par mois pour environ 600€ de MRR. C’est rentable au sens comptable, ce n’est pas un projet sur lequel je peux vivre.
Et c’est aussi ça qui m’a fait basculer sur le projet suivant, qui est devenu Mentionable. Mais ça, c’est une autre histoire.
Ce que je retiens
J’ai perdu une bonne partie de mes économies sur FeelUp. La quasi-totalité des 50 000€ accumulés en freelance y est passée, entre les prestataires, les outils, les frais et le coût d’opportunité de l’année où je ne facturais plus.
Sur le plan comptable, FeelUp est un échec.
Sur le plan formation, c’est probablement le meilleur investissement que j’aie fait. Aucun livre, aucune formation, aucun mentor ne m’aurait fait apprendre aussi vite que ces erreurs payées en cash.
Quand on parle d’échec entrepreneurial, on a tendance à choisir un camp. Soit on glorifie l’échec (”c’est grâce à mes échecs que j’ai réussi”), soit on le dramatise (”j’ai tout perdu”). La vérité est plus banale. Tu perds de l’argent, tu apprends ce que tu ne pouvais apprendre qu’en payant, tu repars sur le suivant avec une vision plus claire.
Ce n’est ni glorieux ni tragique. C’est juste la marche normale quand tu te lances pour la première fois.
Si tu hésites à te lancer parce que tu as peur de te planter, le bon réflexe n’est pas de chercher à éviter le plantage. C’est d’organiser tes finances pour que le plantage ne te coûte pas tout. Tu vas te planter. La seule question, c’est combien ça te coûtera.




gg mec