La piscine de l'école 42, j'y ai vécu 14h par jour pendant un mois
Au milieu d'une majorité de profils issus de fac, j'ai fini parmi les meilleurs. Voilà ce que cette piscine m'a vraiment révélé.
J’ai posé un mois de vacances de mon alternance pour faire la piscine de l’école 42. C’était le test d’entrée. Quatre semaines, sur place, du matin au soir, sans prof, juste des projets qui s’enchaînent.
J’ai vécu là-bas 14 heures par jour pendant un mois. Le reste du temps, je dormais.
Le décalage des profils
Premier jour, je regarde autour de moi. La grande majorité des gens viennent de fac. Maths, informatique, sciences. Quelques rares profils atypiques comme moi. On se reconnaît assez vite, on s’entend bien, mais on est minoritaires.
Sur le papier, je n’avais rien à faire là. Pas de bac scientifique, pas de prépa, pas de cursus en informatique. Juste un an d’autodidacte sur Shopify, six mois de JS appris seul avant l’alternance, et une alternance en cours dans une boîte PHP.
J’arrivais avec une crainte que je n’aurais jamais avouée : que les gens issus de fac comprennent les choses plus vite que moi. Que mon retard académique se voie. Que je me fasse griller dès la première semaine.
C’est l’inverse qui s’est passé.
Ce qu’on nous faisait faire
L’école 42 fait recoder la librairie C standard. Pas en lire le code, pas en utiliser les fonctions. La recoder. Printf, les manipulations de tableaux, les fonctions de base que tout dev utilise sans y penser. Tu repars de zéro et tu reconstruis.
C’est brutal. Tu comprends d’un coup ce qu’il se passe vraiment quand tu écris une ligne de code. Plus aucune fonction n’est magique. Tu sais ce que ça veut dire allouer de la mémoire, gérer des pointeurs, manipuler des octets.
On ne fait que du C pendant la piscine. Pas de langage haut niveau. Juste le truc le plus proche de la machine, où chaque erreur te coûte une heure de debug.
Et il n’y a pas de profs. Tu termines un projet, tu passes au suivant. Si tu coinces, tu demandes à un voisin. Si personne ne sait, tu lis la doc. Si la doc ne suffit pas, tu testes jusqu’à comprendre.
On continue ?
Pourquoi ça m’a réussi
J’ai fini parmi les meilleurs de la piscine. C’est l’inverse de ce que je craignais.
Avec le recul, je vois deux raisons.
La première, c’est que j’avais déjà mis les mains dans le code. Six mois d’autodidacte, plus quelques mois d’alternance en PHP. Pas de bas niveau, mais l’habitude de débugger seul, de lire de la doc, de chercher pourquoi ça ne marche pas. Cette habitude-là, beaucoup de gens issus de fac ne l’avaient pas. Ils savaient des choses, mais ils n’avaient pas les réflexes.
La deuxième, c’est le rapport à l’effort. La piscine, c’est 14 heures par jour. Pour quelqu’un qui sort de prépa ou de fac, c’est dur. Pour quelqu’un qui a fait 13h par jour en boulangerie pendant 7 ans, ce n’est pas le sujet. Mon corps savait tenir. Ma tête aussi.
Les gens issus de fac avaient l’avantage théorique. Moi j’avais l’avantage de la charge.
Ce qui m’a vraiment plu
La piscine m’a réconcilié avec quelque chose que je n’avais jamais retrouvé depuis le boulanger : le sentiment de progresser visiblement, projet après projet, sans intermédiaire entre toi et le résultat.
Tu codes une fonction, soit elle marche soit elle ne marche pas. Pas d’évaluateur subjectif, pas de patron qui décide si tu mérites ta paye, pas de note arbitraire. Tu fais ou tu ne fais pas. Et quand tu fais, tu passes au projet suivant.
C’est exactement le rapport au travail que j’avais en boulangerie. Tu pétris, tu enfournes, le pain sort bon ou il ne sort pas. La piscine, c’est la même boucle. Avec une différence : en boulangerie, tu refais le même pain tous les jours. À 42, chaque projet est un nouveau problème.
Je m’éclatais. Je ne parlais quasiment à personne. J’avais un ou deux potes, on s’entraidait quand on coinçait. Le reste du temps, j’étais devant mon écran, à essayer de comprendre comment résoudre l’algo qu’on me donnait.
Ce que la piscine m’a vraiment révélé
Pendant des années, j’avais cru que le manque d’études était un handicap rattrapable au mieux, mais jamais effaçable. Je pensais que les gens qui avaient fait fac avaient quelque chose que je n’aurais jamais. Une rigueur, une logique, une vitesse de raisonnement.
La piscine m’a montré que le sujet n’était pas là.
Le sujet, c’est l’écart entre les gens qui ont passé du temps à faire et ceux qui ont passé du temps à apprendre. La fac forme à apprendre. L’autodidacte est forcé de faire. Quand tu mets les deux profils face à un projet de code, c’est celui qui sait faire qui avance le plus vite.
Pas parce que faire est mieux qu’apprendre. Parce que sur ce métier précis, la pratique compte plus que la théorie.
J’ai été pris à 42. Mais ce n’est pas la nouvelle qui m’a marqué. C’est que pour la première fois de ma vie, j’avais réussi un test où la majorité des candidats avaient des profils théoriquement supérieurs au mien.
Et que sur ce test-là, mes 8 ans de métiers manuels n’étaient pas un retard. C’était un avantage.
En bonus la photo que j’avais à l’école 😁



