Quand j'ai arrêté la boulangerie, je voulais devenir dev. J'ai mis 3 ans et une blessure.
Maçonnerie au black, Covid, ébénisterie, doigt coupé, drop shipping. La trajectoire qu'on cache dans les bios LinkedIn.
Quand j’ai arrêté la boulangerie à 21 ans, je voulais devenir dev. C’était déjà l’idée.
Je ne l’ai pas fait. Je n’avais pas confiance. Je pensais que je n’allais pas y arriver.
Donc je suis allé bosser dans la maçonnerie au black, avec quelqu’un que je connaissais. C’était juste avant le premier Covid. Je voulais passer mon CAP de maçon, c’était un objectif que je m’étais fixé pour me prouver quelque chose. Je ne l’ai pas fait non plus.
Ce que la maçonnerie m’a appris
Le premier jour, je suis rentré à quatre pattes chez moi. Littéralement. Je pensais avoir l’habitude du travail dur après 7 ans en boulangerie. La maçonnerie, c’est un autre niveau.
Mais c’était un vrai bon moment. Le patron était cool, j’étais payé 100€ la journée en cash, et comme je touchais le chômage en parallèle, je gagnais mieux ma vie qu’à la boulangerie. Pour la première fois je voyais qu’on pouvait travailler dur sans se faire arnaquer.
J’ai fait ça un an. Et puis le Covid est arrivé.
Le Covid casse tout
Pendant le Covid, plus de chantier. J’étais au black, donc pas de chômage technique, pas de soutien. Retour à la case départ : chômage classique, et la même question qu’à 21 ans. Je fais quoi maintenant.
J’ai trouvé une formation d’ébéniste via Pôle Emploi. Je me suis dit que tant qu’à rester dans le manuel, autant tester autre chose. Deux mois après le début de la formation, je me coupe une partie du pouce gauche.
Trois mois d’arrêt.
Le drop shipping comme accident heureux
Pendant ces trois mois où je ne pouvais pas travailler de mes mains, j’ai commencé à faire du drop shipping. Pas par passion pour l’e-commerce. Parce que je ne pouvais rien faire d’autre.
Et là, un truc bizarre s’est passé. J’aimais bien le drop shipping, mais ce qui me plaisait vraiment, c’était de bricoler le HTML de mon site Shopify. Modifier des templates, comprendre comment ça marchait sous le capot, passer des heures à ajuster un truc qui n’avait aucune importance commerciale.
C’est là que le dev est arrivé. Pas par décision, par dérive.
J’ai commencé à apprendre en autodidacte. Sans bootcamp, sans école, sans plan de carrière. Juste parce que je m’éclatais plus à coder le site qu’à vendre les produits.
On continue ?
Ce qu’il a fallu pour que ça marche enfin
Quand j’ai arrêté la boulangerie à 21 ans, je voulais déjà faire ça. Mais je n’y arrivais pas, parce que je ne me considérais pas légitime. Le manque de confiance en moi était plus fort que l’envie.
Il a fallu une blessure pour me forcer à m’asseoir trois mois et explorer autre chose sans la pression de “trouver un vrai métier”. Sans le doigt coupé, je n’aurais probablement pas commencé.
C’est moche à dire, mais c’est vrai. J’avais besoin d’une excuse pour avoir le droit d’essayer.
Ce que j’en retiens
On parle souvent des trajectoires linéaires. “J’ai quitté la finance pour devenir dev.” “J’ai pivoté du marketing vers la tech.” Les bios LinkedIn sont propres.
La vraie trajectoire, dans la plupart des cas, c’est plus crade. C’est : j’ai voulu changer pendant des années, je n’ai pas osé, j’ai fait trois métiers de transition pour gagner du temps, il a fallu un accident pour me forcer à m’arrêter et explorer.
Si tu lis ça et que tu sais depuis longtemps ce que tu veux faire mais que tu ne le fais pas, le problème n’est pas que tu n’as pas trouvé la bonne fenêtre. Le problème, c’est que tu attends une raison valable pour te donner le droit. Une vraie raison. Pas un “j’ai envie”.
Personne ne te la donnera. Et si elle finit par arriver, ce sera probablement sous la forme d’une mauvaise nouvelle.


